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La Mouche





Bonjour je me présente je m’appelle La Mouche. Ma mère et mon père n’ont pas trouvé mieux comme prénom ils m’ont dit c’est pratique comme ça personne n’oubliera comment tu t’appelles et quand tu entendras « Eh la Mouche ! » tu seras prévenue que quelqu’un souhaite parler à un insecte qui te ressemble c’est pratique.


Comme ça, tout de go. N’empêche, j’ai une cousine qui se nomme Églantine, elle a vachement de la chance je trouve. Ça lui procure un style, une certaine élégance, une prestance non négligeable. Peut-être qu’en entendant « Eh la Mouche ! » dressera-t-elle les antennes mais elle ne se retournera pas toutes les 30 secondes comme moi, c’est toujours ça de gagné quand on vole à mille à l’heure.


On est toujours un peu jaloux de ses cousins ou ses cousines, ils ont toujours un « must » et nous les mouches ne vivons pas suffisamment longtemps pour nous dire que l’envie, eh bien c’est de la foutaise et qu’un prénom ne nous définit en rien. Et puis c’est dans la nature mouchemaine de trouver son voisin plus vert que soi.


Bref. De toute façon, Églantine et moi ne nous fréquentons pas tellement. Elle préfère les intérieurs, les maisons fraiches et humides des humains. En un mot comme en cent : elle est casanière.

Tandis que moi je suis plutôt aventurière, je volète dehors me moquant des oiseaux et de leur bec qui se referme en claquant dans le vide. Sans chercher à faire de l’humour facile, je me « débecque » à voir leur tronche quand ils se rendent compte qu’ils m’ont ratée. Car je suis passée maitresse dans l’art de l’esquive. Pour moi, la vie c’est ça : l’aventure eh ouais Églantine ! Un jour, j’entendis un cri, une plainte ou plutôt au début ça ressemblait à ça : « Merde ! ». Quoi ? Quelqu’un a trouvé une bonne bouse, une chiotte avec un goût si particulier qu’il n’en revenait pas au point de s’extasier si fort au risque que tous viennent s’agglutiner et partager le butin ? Mais la voix que j’entends m’est familière et pas joyeuse, c’est celle de ma cousine on dirait qu’elle est dans le pétrin, mais un pétrin pas goûteux du tout tellement elle chiale. Je vais voir. Naturellement la plainte provient d’un intérieur. J’ignore pourquoi franchement chuis conne, mais je pénètre dans une sorte de salon après avoir franchi un balcon et me dirige vers … Oh mon dieu mais c’est quoi ce truc ??? Ma cousine Églantine semble collée à un ruban, elle se débat de toutes ses petites pattes mais plus elle fait ça, plus elle se colle. Le pire dans tout ça est qu’elle est entourée d’un tas d’autres mouches, mortes.

- Ne t’approche pas ! qu’elle me crie. « Ça colle ! c’est mortel ».

- Merci j’avais remarqué. Mais qu’est-ce que t’es allée te foutre là Églantine ? ». J’aurais préféré lui dire « pauvre conne » mais ça aurait été trop cruel.

- Ça sentait bon.

Il n’y avait rien à faire alors je suis restée près d’elle à voleter, en lui chantant des berceuses, mes bruissements d’ailes en fond de musique hypnotique. Elle a fini par s’assoupir, le sourire aux…lèvres, car oui nous les mouches avons le don de sourire, quand on ne vous nargue pas en riant près de vos poils de nez. Quand je fus sûre que tout était fini pour elle j’ai immédiatement cherché le coupable. Facile : un humain. Et je déteste les humains. Ils sont faux, sournois, égoïstes et ils nous ont toujours rendu la pareil soit dit en passant avec leur ridicule tapette. C’est d’ailleurs en m’amusant à les éviter dans mon enfance que je suis devenue douée avec les oiseaux, une sorte d’entrainement si vous voulez.


Mais là, des rubans collants rooooh….. Le summum de la cruauté ! Insupportable !


Je me suis baladée dans l’appartement jusqu’à ce que je tombe sur un spécimen femelle. La grosse vache était assise sur un tabouret et remplissait une surface de tissu en lin avec des couleurs, comme une gamine. Ah oui faut que je précise : un humain ça reste con toute sa vie, ça ne grandit pas, ça chiale pour un rien et ça barbouille des couleurs comme les mioches dès qu’ils ont une minute à eux, en tout cas pour le sujet ici présent. Non mais tu vas voir toi. Églantine, elle avait peut-être des défauts mais c’était ma cousine et au fond je l’aimais bien.


Soudain, j’ai compris que sans elle, ma vie n’avait plus de sens. Alors j’ai voulu en finir mais d’une façon intelligente. Je ne sais pas pourquoi (vous aurez remarqué, une mouche agit souvent sans savoir pourquoi, n’empêche : elle le fait), je suis entrée dans le trou de nez de la peintresse, histoire sans doute de lui faire goûter l’essence d’une mouche et en l’occurrence de toutes celles qu’elle avait tuées. Ma route fut barrée par une crotte de nez, j’en aurais bien suçoté un morceau mais ma mission – urgente ! – m’obligea à rebrousser chemin et emprunter l’autre narine.

J’ai pénétré loin dans les profondeurs de la cavité, il faisait noir là-dedans mais comme ça résonnait d’odeurs fortes et variées je me suis dirigée jusqu’au cerveau. Là, je me suis goinfrée et j’ai pondu mes premiers et derniers œufs.

La suite, ce sont mes enfants qui me l’ont racontée. Il parait que la peintresse est devenue comme dingue - ce qu’elle était déjà mais comme je ne veux pas induire mes gosses dans une mauvaise idée des autres j’ai rien ajouté. Elle s’est levée d’un coup d’un seul, a saisi une tapette à mouche dans chacune de ses mains et s’est mis à frapper avec une vitesse vertigineuse et une précision hallucinante, elle atteignait tout ce qu’elle visait. Comme elle portait une blouse blanche on aurait dit… une grosse mouche couverte de plâtre avec juste une paire d’yeux exorbités. Ses cheveux virevoltaient comme des millions d’antennes, dressés sur sa tête qui elle aussi tournait dans tous les sens.


Puis elle a fait un truc dingue, un truc du genre jamais vu. Elle a rassemblé tous les cadavres, les a collés sur une autre surface en lin en leur donnant la forme d’une grosse mouche. Pour évoquer les ailes, elle est allée dans le salon, a retiré tous les rubans collants et les a piqués sur la toile, leur donnant ainsi une forme… d’ailes. Enfin, à l’aide d’un spray, elle vaporisa le tout de paillettes, comme s’il nous arrivait de briller à Noël. Alors qu’à Noël, ce sont les escargots qui sont à la fête quelle idée.

Non mais franchement…. C’est dégueulasse ! D’autant plus que pas mal des gens de ma descendance sont maintenant et à jamais prisonniers de ce truc immonde.

Les humains appellent cela « de l’Art ». Moi je vous le dis comme je pense : c’est l’art de se faire enculer. En tout cas en ce qui me concerne. Parce que ce n’était pas l’effet escompté, je voulais qu’elle crève la sale bête en lui bouffant le cerveau et en chiant des œufs en prime, qu’elle se transforme en omelette. Je me suis fait avoir, non pas par un oiseau mais par ce que je déteste le plus au monde : un humain.

Merde alors !

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